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Avertissement
:
Ces articles de Pierre
Larousse (1817-1875) datent du début de la IIIe République, ils reflètent
les connaissances d'une époque et la sensibilité artistique
d'un auteur.
aperçu
historique | le burin
| l'eau-forte | le bois |
la lithographie
HISTOIRE ET GÉNÉRALITÉS
Prendre l'empreinte d'un dessin exécuté
en creux, en le couvrant d'un liquide coloré et en le soumettant ensuite
à une pression, tel est le procédé de toute gravure, procédé si simple,
et si naturel qu'on a lieu de s'étonner qu'il n'ait pas été imaginé
par les anciens. Et il y a d'autant plus lieu d'en être surpris, que
les anciens pratiquaient la gravure en creux, des pierres fines. On
pourrait tirer des empreintes avec certains cachets romains et certains
scarabées Égyptiens. Cependant, cette chose si simple n'a été
devinée que dans les temps modernes, par Maso Finiguerra, orfèvre florentin,
contemporain de Cosme de Médicis, s'il faut en croire la tradition.
On employait beaucoup au 15ème siècle les nielles pour les
ornements des calices, des paix, des reliquaires, des poignées d'épée
et des petites plaques d'or ou d'argent qu'on incrustait sur les coffrets
d'ébène. Maso Finiguerra, comme, du reste, tous les autres orfèvres,
avait l'habitude de prendre l'empreinte de ses dessins, avant qu'ils
fussent niellés, au moyen du soufre fondu. Or, il prit un jour l'empreinte
d'une paix dont les tailles étaient en partie remplies de noir, et,
lorsqu'il voulut juger de l'effet de son dessin, il remarqua que le
noir ayant adhéré au soufre, celui-ci ressemblait, dans certaines parties,
à un dessin à la plume. Cette remarque faite, l'idée se présenta aussitôt
à son esprit qu'en remplissant les tailles de ses dessins avec une couleur
quelconque, et en appliquant ensuite dessus un vélin, sur le verso duquel
il exercerait une pression, à la place de l'empreinte en relief du soufre,
il pourrait obtenir un dessin, au trait sur le papier. Maso Finiguerra
se mit aussitôt à l'oeuvre. Tout d'abord, les épreuves furent peu satisfaisantes
; enfin, après de longs tâtonnements, il découvrit que le noir broyé
avec de l'huile prenait on ne peut mieux sur du papier légèrement humecté,
et il parvint, par ce procédé, à produire des estampes ayant toute la
pureté du burin. Le procédé de Finiguerra fut employé par d'autres orfèvres,
au nombre desquels nous citerons Baldini, Botticelli et Pollaiuolo,
dont quelques estampes sont parvenues jusqu'à nous. Le Cabinet des estampes
du musée du Louvre possède de Maso Finiguerra l'épreuve sur papier d'une
paix représentant le couronnement de la Vierge, et datée d'une épreuve
bien antérieure à toutes les autres. Qui compléta l'invention ? Ni Bosse,
ni Félibien, ni Cochin, ni Ponce, ni Watelet
Lévesque n'en disent rien. Seulement, comme quelques auteurs plus anciens,
entre autres Vasari, qui écrivait en 1550 ses "Vies des peintres
célèbres", attribuent à Mantegna l'invention de la gravure au burin,
ne tenant que peu ou point compte de l'importante découverte de Maso
Finiguerra, on peut admettre que Mantegna fit un art de ce qui n'avait
été jusque-là qu'un procédé de métier, et qu'au lieu de, limiter la
gravure à l'impression des nielles, il retendit à l'imitation des œuvres
d'art ; qu'aux gravures au trait de ses prédécesseurs, il ajouta des
tailles destinées à
rendre le modèle et le clair-obscur. Le petit nombre
d'estampes que Mantegna nous a laissées atteste qu'il s'essaya longtemps
avant de produire sa gravure au grand jour ; mais le fini
de chacune d'elles nous permet d'affirmer qu'elles ne sont pas de simples
essais. Une remarque à faire, c'est que Mantegna avait vingt-deux ans
quand fut tirée l'épreuve de la paix conservée au Cabinet des estampes
du Louvre; or, comme il mourut en 1505, la découverte de Maso Finiguerra
ne mit que peu d'années à devenir un art.
Parmi
les difficultés qui durent arrêter les premiers qui essayèrent d'appliquer
à la reproduction des estampes la découverte de Finiguerra, il faut,
sans doute, compter le sens du dessin. Tracé sur une lame de métal,
un calice, un reliquaire, un dessin destiné a être niellé devait se
présenter dans son sens naturel, et, par conséquent, à l'impression,
il venait à l'envers. Les lettres, par exemple, qui, sur l'original
de la paix du Louvre, se lisaient de gauche à droite, se lisent de droite
à gauche sur l'épreuve. On comprend que, sous peine de "fausser
complètement et l'effet d'une composition et les mouvements des personnages,
il était indispensable que l'épreuve gravée se présentât dans le sens
du dessin, et, par conséquent, que le métal fût disposé dans un sens
contraire. On dut songer de bonne heure à faire réfléchir dans un miroir
le dessin, pour le recopier tel qu'il s'y présente, c'est-à-dire renversé.
Nous avons suivi jusqu'ici la
tradition italienne ; elle n'est pas malheureusement la seule. Il y
a aussi la tradition allemande, qui fait naître la gravure au delà du
Rhin. Une version allemande veut que ce soit un berger du nom de von
Bocholt qui ait eu le premier l'idée de reproduire sur
le papier les parties creuses d'un dessin ; mais une découverte est
venue démontrer jusqu'à l'évidence que ce prétendu berger était un tout
petit village de Westphalie, patrie d'Israël Mecheln.
Cet artiste avait l'habitude de signer ses œuvres, tantôt de son nom,
tantôt du nom du lieu de sa naissance ; mais souvent il n'employait
que les initiales J.V. B., dont la première est celle de son nom et
les deux autres signifient de Bocholt. De là la méprise avec toutes
les œuvres signées J. von Bocholt […] On créa
un personnage imaginaire qui dut naturellement disparaître le jour où
l'on découvrit une œuvre de Mecheln signée
tout au long et sans initiales, c'est-à-dire : Israël Mecheln
von Bocholt. Les Allemands ont encore une
autre version : ils infèrent d'une ancienne estampe, portant la date
de 1440 et représentant, outre une sibylle qui montre à Auguste l'image
de la Vierge dans les airs, le château de Blassenberg
et la ville de Cuhnbach dans le lointain, que c'est dans ce lieu qu'il faut
chercher le berceau de la gravure. Si l'on réfléchit que Culmbach, petite ville de la Bavière, est la patrie de Martin
Schoen, le plus ancien peintre graveur qui
ait tiré des épreuves de ses ouvrages, conservées jusqu'à ce jour, la
version allemande détruit en apparence la tradition italienne; mais,
avec un peu d'attention, on s'aperçoit vite qu'elle ne prouve rien,
contre Finiguerra ; et, en effet, l'épreuve de la paix conservée au
musée du Louvre affirme d'une manière irréfutable que celui-ci avait
fait sa découverte en 1452 ; et, comme rien ne prouve que la première
épreuve qu'il tira n'était pas antérieure à cette date de dix, de vingt
et même de trente ans, il s'ensuit que le mérite de la découverte peut
être disputé à Schœn, qui, d'ailleurs, n'était
âgé que de trente-deux ans en 1452. La chose est évidente, puisque Mantegna
lui-même, qui avait alors vingt-deux ans, pourrait lui disputer cet
honneur. De plus, l'estampe datée de 1440, représentant la sibylle,
prouve qu'on s'occupait déjà à cette date de l'application de la gravure
à la reproduction des estampes, ce qui est hors de doute, lorsqu'on
songe que toutes les œuvres de Schœn sont supérieurement traitées. Conclurons-nous de tout
cela, avec quelques auteurs, que l'invention de la gravure en taille-douce
est antérieure à la fois à Finiguerra et à Martin Schœn
? On voit que la question reste absolument indécise. Ce qui reste acquis
dans cette discussion, c'est que Martin Schœn
et Mantegna ont fait de la gravure un art de la plus haute importance.
Indiquons maintenant la pratique
de cet art sous les différentes formes qu'il a revêtues. Pour cela,
nous allons passer successivement en revue la gravure sur métaux, la
gravure sur bois, la gravure sur pierre ou glyptique et la gravure sur
verre.
GRAVURE SUR MÉTAUX
Gravure
au burin et à la pointe. Le métal le plus communément employé pour la
gravure en général, et pour la 'taille-douce en particulier, est le
cuivre rouge, parce que, sans être aigre, ce métal est le plus liant
le plus serré de tous les métaux ordinaires. [...] Pour que le cuivre
puisse supporter le travail de la gravure, il doit subir une préparation
assez longue et très minutieuse, qui est du ressort du planeur. La planche
de cuivre une fois planée, l'artiste commence par la vernir [...]
ce qui se fait en chauffant la planche par dessous [...] au moyen d'un
réchaud [...] jusqu'à ce que le vernis soit fondu [...] Il est nécessaire
que le vernis, réduit à la moindre épaisseur possible, présente une
surface parfaitement unie. Le résultat obtenu, on retourne la planche
et on noircit le vernis à l'aide d'un flambeau de suif, qu'on tient
à bonne distance et qu'on passe rapidement d'un endroit à l'autre, de
telle sorte que la même quantité de fumée couvre toutes les parties
de la planche. On commence d'ordinaire par les bords, qui se refroidissent
plus vite que le centre. Les vernis les plus employés sont le vernis
dur, le vernis mou, le vernis de Florence, le vernis de Rembrandt, le
vernis de Callot, le vernis de Bosse, etc. On en emploie d'autres pour
des usages différents, tels que le vernis à couvrir ou petit vernis,
le vernis anglais, le vernis de Venise, le vernis au pinceau, etc..
Dans la gravure au burin, ces
vernis servent à cacher les parties d'une planche qui présentent un
travail défectueux ou à réparer un accident, une écorchure du premier
vernis. Dans la gravure à l'eau-forte, on les emploie pour couvrir les
parties que l'on veut préserver des morsures de l'acide ou qu'on suppose
assez mordues.
Le vernis mou est employé aujourd'hui
de préférence par tous les artistes. Les vernis dits de Bosse, de Rembrandt
et de Callot sont autant de vernis mous.La
planche de cuivre ayant subi les préparations que nous venons d'indiquer
est propre, aussitôt refroidie, à recevoir le tracé du dessin ; mais
il faut qu'au préalable toutes les lignes de ce dessin soient transportées
sur la surface du vernis enfumé. Ici commencent deux opérations nouvelles,
dites calque et décalque. Le calque consiste à
prendre, sur du papier transparent, tous les traits du dessin qu'on
veut graver, et le décalque à transporter sur le vernis le calque lui-même.
Soit qu'on ait calqué au crayon ou à l'encre de Chine, c'est le côté
du papier qui a reçu ce travail qui doit être directement appliqué sur
le cuivre, ce qui produit le renversement du dessin. Avant d'appliquer
le calque comme nous venons de le dire, il faut avoir soin de mettre
entre lui et le cuivre un second papier de même grandeur, enduit de
sanguine, de mine de plomb ou des deux à la fois, le côté enduit adhérant
au vernis, ou d'enduire le calque lui-même des mêmes substances. Cela
fait, on fixe le calque sur la planche au moyen de petites boules de
cire molle, en quantité suffisante pour qu'il ne puisse pas se déranger
; ensuite, au moyen d'une pointe d'acier légèrement émoussée, on passe
sur tous les traits qui, à mesure, se reproduisent sur le vernis. Les
papiers à calque sont : le papier huilé, le papier à la gélatine, le
papier végétal, dit aussi papier paille, le papier verni et enfin le
papier glacé, qui, à la précieuse qualité d'être d'une transparence
absolue, joint l'immense avantage d'épargner le travail du décalque.
En effet, en traçant sur ce papier avec une pointe coupante, on le creuse
et l'on peut ensuite, l'ayant frotté de sanguine ou de mine de plomb,
qui s'introduisent dans ce trait gravé, le retourner sur le cuivre verni
et obtenir une contre-épreuve parfaite, en le faisant passer sous la
presse ou en le frottant légèrement avec un brunissoir.
C'est maintenant que commence
le tracé. Mais, avant de dire en quoi consiste cette opération,
une petite digression est nécessaire. Quoique nous n'ayons paru nous
occuper jusqu'ici que de la gravure au burin, tout ce que nous venons
d'exposer s'applique à toute la gravure en taille-douce sans exception.
Ceci posé, disons tout de suite que, pour graver, c'est-à-dire creuser
les traits d'un dessin sur le métal, on se sert ou du burin seul ou
de l'eau-forte seule, ou à la fois du burin et de l'eau-forte.
Pour la gravure au burin, on
trace sur le vernis, au moyen d'une pointe d'acier très fine ; et quoique
chaque trait doive mettre le cuivre à nu et laisser sur celui-ci une
trace légère, non seulement le cuivre ne doit pas être entamé, mais
encore le trait qui a servi à fixer le dessin dessus doit absolument
disparaître dans la suite du travail. Si la gravure doit s'ébaucher
par l'acide et se terminer au burin, procédé très usité et vulgairement
appelé eau-forte des graveurs, pour le distinguer des eaux-fortes ordinaires
ou eaux-fortes des peintres, le tracé prend l'allure libre qui convient
à ces dernières, dans toutes les parties que l'acide termine à peu près
seul, telles que les arbres, les terrasses, les chaumières, les draperies
grossières. Mais, soit que l'eau-forte doive faire ou non le trait des
figures, surtout des nus, la pointe doit reprendre son calme, et sa
légèreté, afin de ne pas plus engager le travail du burin que ne doit
le faire le simple tracé. On comprend, en effet, l'importance d'un faux
trait mordu par l'acide dans un genre de gravure dont l'impression ne
rend que les creux. Une fois que le tracé est terminé et qu'on s'est
bien assuré qu'aucun détail du décalque n'a été omis, que les contours
sont bien nets, que les places des principales formes, celles des ombres
et des lumières sont bien indiquées, il faut enlever le vernis en
couvrant d'une légère couche d'huile d'olive la planche, que l'on fait
chauffer ensuite, ce qui dissout le vernis et permet de le faire disparaître
facilement avec des chiffons. Un moyen plus simple, et qui dispense
de faire chauffer la planche, consiste à laver celle-ci avec de l'essence
de térébenthine. [...]
Le burin est une lame d'acier assez épaisse, carrée ou
en forme de losange, mais toujours terminée en pointe et coupante d'un'
seul côté. Il est monté sur un, manche de bois dont l'extrémité, qui
doit être tenue dans la paume de la main, ressemble assez à une moitié
de champignon, ce qui permet de coucher à plat l'outil sur le cuivre,
selon les tailles.
Bosse cite
Goltz, Lucas, Mellan, Kilian et Muller comme des burinistes de premier ordre. Goltz
excellait à donner le plus grand mouvement aux tailles sans les contourner
bizarrement, à animer ses têtes par des touches spirituelles et savantes,
surtout à placer également bien les travaux fins et les travaux mâles,
qui seuls concourent à donner le vrai caractère aux objets qu'ils représentent.
La beauté d'une gravure est tout entière dans les tailles ! Les artistes
ne sauraient trop consulter, pour l'arrangement de celles-ci, les travaux
des maîtres, dont le faire est toujours l'unique règle.
Perrot a donné cependant quelques
principes généraux : « Pour bien conduire les tailles, dit-il, on doit
premièrement observer l'action des figures et de leurs parties avec
leurs rondeurs ; comprendre bien comment elles avancent ou reculent
à nos yeux, et conduire le burin suivant les hauteurs et cavités des
muscles ou des plis, élargissant les tailles sur les jours, les resserrant
dans les ombres et aussi à l'extrémité des contours [...] » Ce faire
est celui d'Edelinck. Sa Madeleine pénitente,
sa Sainte Famille, d'après Raphaël, et ses portraits de Lebrun, de Champagne,
de Rigaud, etc. sont autant de modèles à consulter. M. Lévesque a aussi
donné d'excellents conseils à propos des tailles. Une étude approfondie
des anciennes estampes l'a conduit à formuler la théorie suivante :
« La taille principale doit être tracée dans le sens du muscle, si ce
sont des chairs que l'on grave; suivre la marche des plis, si ce sont
des draperies; être horizontale, inclinée, perpendiculaire, suivant
les différentes inégalités du terrain, si l'on a des terrains a graver.
Il conseille la taille perpendiculaire de préférence à la taille concave
dans les colonnes ; il croit que lorsqu'un pli est long et étroit, la
taille principale doit suivre la longueur du pli, en se resserrant à
son origine ; qu'elle doit tendre à la perpendiculaire dans les plis
tombants, et suivre la largeur dans ceux qui sont amples. » Les estampes
d'Augustin Carrache, entre autres, son Saint Jérôme, sont, dit M. Lévesque,
d'excellents modèles pour l'art d'établir les premiers travaux des chairs.
Avant de passer à un autre genre de gravure, disons que ce n'est pas
au caprice de décider du genre à choisir. La manière libre d'un grand
tableau d'histoire impose au graveur l'emploi de la pointe et lui prescrit
l'ébauche à l'eau-forte. La manière, finie, détaillée des tableaux de
chevalet fait donner la préférence au burin, surtout si l'on y trouve
des étoffes de soie, des métaux, des eaux, etc. Le burin est aussi préférable
pour le portrait, malgré l'exemple de beaux portraits gravés à l'eau-forte.
Bref, cet outil, dont la marche est plus lente, permet mieux de rendre
les détails. M. Lévesque conseille pour le portrait, l'emploi exclusif
du burin, et cite pour exemple les travaux de Bolswert,
de Worstermann, de Pontius,
de Jode, de Hondius, autant d'artistes qui ont gravé, par ce procédé unique,
les plus beaux portraits de Van Dyck. Enfin,
comme la gravure ne doit pas se contenter de reproduire fidèlement les
contours tracés dans un tableau, comme elle doit surtout reproduire
la couleur du maître, le vrai graveur ne doit pas se permettre d'être
exclusif dans sa manière. Tel maître, telle gravure. Raphaël ne doit
pas être rendu comme Michel-Ange, Rubens comme le Carrache, Lanfranc
comme Pietro de Cortone, Rembrandt comme Titien : car une estampe doit
rendre avant tout le dessin, l'esprit et le faire du peintre. «Rubens,
par exemple, dit M. Lévesque, qui faisait graver ses tableaux par ses
élèves, sous ses yeux, ne leur enseignait pas seulement à rendre les
dégradations de l'ombre au clair; mais il leur faisait faire la plus
grande attention à cette partie du clair-obscur qui lui était si familière,
par laquelle les couleurs propres aident à étendre la masse des lumières
et des ombres, parce que certaines couleurs, par leur éclat, tiennent
de la nature de la lumière, et d'autres tiennent de la nature de l'ombre
par leur obscurité. Ainsi, dans les estampes de ces graveurs, tout ce
qui est obscur, tout ce qui est clair n'est pas toujours de l'ombre
ou de la lumière, mais fort souvent la valeur de la couleur propre des
objets représentés. C'est pourquoi leurs estampes sont des tableaux,
tant ils ont conservé la valeur des couleurs employées. Aux Bolswert,
aux Vorstermann, aux Pontius,
aux Jode, qui ont rendu au burin seul les
chefs-d'œuvre de Rubens et d'Augustin Carrache, il faut joindre Edelinck
[...] Citons pareillement : de Worstermann,
élève de Rubens, l'Adoration des Rois, d'après ce maître ; de Jode, le Saint Augustin, d'après Van Dyck […]
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historique | le burin
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la lithographie
La
gravure à l'eau-forte fut découverte à la
fin du 15e siècle par Venceslas d'Olmutz, croit-on. Nous avons dit qu'il
y en avait de deux sortes, celle des peintres et celle des graveurs.
La première, qui se fait uniquement de sentiment, et qui a surtout pour
but de rendre des sujets à effet, est produire par le seul emploi de
la pointe maniée sur le vernis d'une planche, comme on fait d'un crayon
sur le papier. Cette, gravure n'a ni règles ni méthode ; entièrement
soumise au goût, au caprice de celui qui l'exécute, elle est aussi variée
dans ses moyens que dans ses résultats. Le tracé du dessin est fait
sur une planche de cuivre vernie, avec la pointe, morceau d'acier bien
trempé, rond ou carré, emmanché dans un brin de jonc, et dont le bout
traçant est plus ou moins fin, suivant le genre du travail qu'on veut
obtenir. On borde ensuite la planche avec de la cire à modeler, de telle
sorte qu'elle puisse conserver un liquide répandu dessus à la hauteur
de 2 ou 3 centimètres, puis on y verse l'eau-forte (acide nitrique),
ou tout autre mordant ; la morsure faite, la planche est lavée à l'eau
ordinaire et dévernie.
L'eau-forte
des graveurs n'est, le plus communément, qu'un travail préparatoire,
qui doit être terminé au burin sur le cuivre nu, ainsi que nous l'avons
déjà indiqué. Rarement les graveurs finissent un sujet par l'eau-forte,
quoique, cependant, la chose soit possible, en soumettant à plusieurs
reprises la planche à l'action du mordant. Lorsque la planche est vernie
et le dessin décalqué, on fait le tracé, on recouvre avec un vernis
à couvrir les parties qu'on ne veut pas soumettre à l'action de l'acide,
on borde la planche avec de la cire à modeler et on fait mordre. Lorsque
le travail de la morsure est arrivé au point qu'on désire, on dévernit
la planche et on reprend le burin pour terminer. Tels sont les procédés
de la gravure à l'eau-forte et au burin.
S'il est vrai que ce genre de
travail lutte difficilement avec la peinture dans différentes parties,
il en est aussi d'autres où il triomphe. Que l'on consulte, par exemple,
les travaux de Masson et de Drevet, et l'on reconnaîtra que le pinceau
ne saurait rendre aussi bien que le burin les cheveux, la barbe, les
pelages et les plumes des divers animaux. Nous citerons, à ce propos,
de Drevet, les deux célèbres portraits de
Bossuet et de Samuel Bernard. Impossible au pinceau de pousser aussi
loin l'imitation de la nature que l'a fait vivre Drevet en rendant,
avec le burin, la dentelle et l'hermine de ces deux portraits.
Chacun sait que la pointe de notre Gérard Audran, le premier graveur
dans le genre de l'histoire, dessinait mieux que le crayon des artistes
qu'il traduisait ; il peignait avec la pointe et le burin ; ces deux
instruments acquéraient sous sa main toute la facilité de la brosse.
La belle gravure de Prévost, que tout le monde connaît, donne aux Moissonneurs
de Léopold Robert la transparence et la douceur de ton qui font défaut
à la composition originale. Ajoutons quelques noms illustres à ceux
que nous avons déjà cités.
Berghem
se distingua dans le paysage ; ses ouvrages peuvent servir de modèles
pour la gravure des animaux. D'Abraham Bosse, on estime ses Cérémonies
du mariage de Louis XIV.
Callot, dans ses compositions si pleines d'esprit, se distingue
par la fermeté des touches. Il faudrait tout citer de ce maître : la
Tentation de saint Antoine, la Grande rue de Nancy, ses Foires, ses
Supplices, ses Misères de la guerre, la Grande et la petite Passion,
les Bohémiens, le Parterre,l'Éventail, etc., etc. Les trois Carrache,
surtout Annibal, ont laissé des estampes précieuses pour les artistes.
Desplaces a fait un Saint Bruno
en prière, qui est un superbe morceau d'étude.
Albert Durer, voisin
du berceau de l'art de la gravure, en a pourtant tellement avancé les
progrès que, dans certaines parties, il ne saurait être surpassé. Ne
rappelons que son Saint Jérôme. Le Bas est le premier, après
Rembrandt, qui ait fait usage de la pointe sèche. Claude
Gelée, dit le Lorrain, a gravé avec la même puissance d'effet qu'il
avait mise dans ses tableaux. Mellan est célèbre par sa manière de rendre
les formes et le clair-obscur par un seul rang de tailles renflées ou
diminuées, selon que le ton l'exigeait. Sa Sainte Face, gravée d'une
seule taille tournante, qui commence au bout du nez, est un tour de
force qu'on ne cesse d'admirer. […]
Nanteuil est cité surtout
pour deux chefs-d'œuvre, les portraits de M. de Pomponne et du petit
Millard.
De Rembrandt, il suffit
de citer la Descente de croix et le Banquier de Wlenbogard.
Salvator Rosa a gravé des têtes
pleines de vie. […]
Enfin,
parmi les contemporains, citons Henriquel-Dupont, Prud'homme, Prévost, Reynolds, Calamatta, Martinet, François, […] Girardet, Jacques, Flameng, Daubigny, etc.
Pour
n'être pas de l'art proprement dit, la gravure qui s'applique à la géographie
et à la topographie ne saurait être passée sous silence, eu égard aux
services qu'elle rend. Cette gravure se pratique ordinairement sur laiton.
On prépare la planche et on fait le décalque et le tracé absolument
comme pour la gravure au burin. On fait à l'eau-forte les sinuosités
des côtes et des rivières, l'indication des marais, l'ébauche des musses
de rochers. Le burin est préféré pour les routes, les canaux, les eaux
des lacs et des rivières, les fortifications, les massifs de maisons.
[…] Depuis, des progrès rapides, des études mieux dirigées ont porté
jusqu'à la perfection ce genre de gravure. Le
procédé Gilot est une sorte de gravure sur zinc à l'aide d'un
acide. Il donne des produits applicables à la typographie.
Gravure
au pointillé. Ce genre de gravure s'exécute entièrement avec des
points, sans le secours de traits ni de tailles. Les points se font
avec le burin seul ou le burin et la pointe. Morin et Boulanger sont
considérés comme les inventeurs de ce genre, qui date de la fin du 18e
siècle. La gravure au pointillé a eu une grande vogue en Angleterre
au 18e siècle. On cite encore les travaux de W. Ryland,
obtenus par ce procédé.
Gravure
dans le genre du crayon. Elle fut inventée,
en 1740, par François. Elle a une grande analogie avec la précédente.
Elle se fait particulièrement avec un instrument appelé roulette, et
qui est un cylindre d'acier à surface dentée, monté sur un axe, autour
duquel il tourne et dont la largeur est proportionnée à la force des
taillés. Ce genre était surtout employé pour produire des modèles de
dessins. L'invention de la lithographie l'a fait délaisser.
Gravure à la manière noire ou mezzotinto.
Elle a été inventée, dit-on, par Sieghen, lieutenant-colonel au service du prince de Hesse-Cassel. Le premier ouvrage qu'il publia (1643) fut le
buste de la landgravine Amélie-Elisabeth.
[…] Les Anglais, notamment Smith et G. Withe,
ont beaucoup employé cette gravure pour le portrait. Le procédé consistait
autrefois à grener à l'infini une planche de cuivre au moyen d'un outil
dit berceau. De nos jours, un mécanicien, M. Saulnier, a inventé une
machine qui prépare le cuivre pour la manière noire. Cette gravure diffère
de la gravure au burin et à l'eau-forte, en ce que le graveur exécute
les lumières au lieu d'exécuter les ombres, qui sont fournies par le
fond de la planche. Le travail se fait au brunissoir, au racloir et
à l'ébarboir. On s'explique très bien l'effet produit par ces outils,
si l'on réfléchit que, dans les parties qu'ils attaquent, les grains
de la planche, qui viennent blancs à l'impression, ont une surface d'autant
plus large qu'ils ont été plus profondément atteints.
Gravure au lavis ou aquatinte. Ce genre, pour lequel les
procédés abondent, consiste à laver sur le cuivre, au moyen de l'eau-forte,
comme on lave un dessin sur le papier avec du bistre, ou de l'encre
de Chine. Les estampes ainsi exécutées ont toute la valeur des dessins
originaux. J.-B. Leprince a tiré un excellent parti de cette découverte.
De cette gravure imitant le lavis, il n'y avait qu'un pas à faire pour
arriver à l'imitation des dessins coloriés à l'aquarelle. Il s'agissait
seulement de multiplier les planches pour une même estampe, et de distribuer
sur chacune d'elles les couleurs destinées à en couvrir les différentes
places. Descourtis, Janinet et Debucourt y sont arrivés et ont produit des œuvres
remarquables ; mais, à l'exception de quelques estampes produites par
les artistes ci-dessus, toutes celles qu'on a obtenues par le
même procédé sont au-dessous du médiocre. Si l'on grave sur l'acier
ou tout autre métal, la préparation de la planche par l'artiste est
la même que pour le cuivre. Seuls, les mordants diffèrent. […]
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la lithographie
GRAVURE SUR BOIS
Ce genre de gravure, quoique intimement
lié à l'invention de l'imprimerie, a cependant une origine antérieure
aux premiers essais de Gutenberg ; car, d'après M. Auguste Bernard,
l'impression xylographique ou sur planches fixes remonte au 14e siècle,
tandis que l'impression par caractères mobiles ne date guère que de
la fin du 15e.
Comme gravure d'art, la gravure
sur bois n'a ni date ni lieu d'origine bien précis ; on peut toutefois
regarder comme probable que les Chinois la pratiquaient dès le XIe siècle.
En Europe, la gravure sur bois
passe pour moins ancienne que la gravure en taille-douce. On connaît
cependant un Saint Christophe, gravé sur bois en 1423 ; tandis que la
plus ancienne gravure sur métal, dont on possède une épreuve, ne date
que de 1452. La gravure sur bois fut illustrée par les travaux d'Albert
Durer, de Lucas de Leyde, de Lucas, de Cranach […] Elle fut ensuite à peu près délaissée pendant
deux siècles environ. Enfin, un perfectionnement dans le système d'exécution,
consistant à remplacer l'emploi du bois de poirier ou du buis en bois
de fil par le bois de buis de bout, vint, au commencement de ce siècle,
ouvrir à ce genre de nouveaux horizons. Jusqu'alors la gravure sur bois
s'exécutait ordinairement sur poirier de fil, à l'aide du canif […]
servant à enlever les intervalles blancs restés entre les lignes noires
que formaient les traits du dessin, lorsque ces traits, trop écartés
entre eux, ne pouvaient être complètement isolés par deux incisions
inclinées produites par le tranchant du canif, de chaque côté du trait
à épargner. Cette opération se nommait champlevage. C'est à l'aide de ces moyens ingrats qu'ont été
exécutées ces gravures auxquelles sont attachés les noms de Durer et
de Lutzelburger, petits chefs-d'œuvre. De nos jours, ce genre
d'exécution est presque abandonné ; il n'est plus employé que pour les
planches de grandes dimensions, de touche large, et pour les très gros
caractères d'imprimerie, que le poids de la matière ordinairement employée
rendrait peu maniables. Un graveur, mort récemment, Porey,
est le seul qui, à notre époque, ait eu quelque succès dans ce genre
de gravure près de disparaître.
La gravure sur bois s'exécute
actuellement sur des rondelles de buis, en bois de bout, ayant environ,
comme épaisseur, la hauteur des caractères d'imprimerie, de manière
à pouvoir s'intercaler dans le texte. Lorsque, après avoir parfaitement
dressé et poncé une des surfaces du bois, on y a étendu une légère couche
de blanc gommé, la planche est prête à recevoir le dessin. Ce dessin,
du reste, ne réclamant aucune condition spéciale d'exécution, l'artiste
y conserve toute liberté. Mais ici commence l'oeuvre du graveur sur
bois ; elle consiste a rendre, aussi fidèlement quo possible, l'effet
du dessin. On y parvient en enlevant, au moyen de burins et d'échoppes,
les blancs du dessin et en épargnant les lignes; les tons au lavis ou
à l'estompe sont rendus par des hachures ou tailles plus ou moins serrées
et plus ou moins larges. C'est, du reste, dans cette partie de l'interprétation
que se révèle le talent du graveur. La planche terminée est remise à
l'imprimeur typographe, qui la tire à part ou l'intercale dans le texte.
C'est le procédé que nous venons d'indiquer qui produit cette immense
quantité d'ouvrages à gravures, depuis le Journal illustré à un sou,
le Monde illustré et l'Illustration, jusqu'au Magasin pittoresque,
de M. Ed. Charton, et à l'Histoire des peintres, de M. Ch. Blanc. La
plupart des gravures des ouvrages illustrés sont exécutées sur bois.
Nous devons aux immenses progrès que cet art a faits de nos jours l'intelligente
interprétation et la reproduction à l'infini des charmantes vignettes
de nos principaux dessinateurs modernes : Granville, Tony Johannot,
Gavarni, G. Doré, et même E. Delacroix, Meissonier,
et bien d'autres encore qui ont souvent confié à la gravure sur bois
l'interprétation de leurs compositions. Ce genre de gravure a pris sa
place naturelle entre la gravure en taille-douce et la lithographie
; il peut lutter avec avantage, comme prix de revient, contre tous les
autres genres d'illustration connus jusqu'à ce jour.
Si elle ne peut atteindre le
fini, la douceur et la délicatesse de la gravure sur métal, la gravure
sur bois reproduit admirablement l'esprit et la finesse de touche du
croquis ; souvent même elle rivalise presque avec la délicatesse de
la taille-douce et le velouté de la lithographie ; mais ce qu'on ne
saurait en aucune manière lui contester, c'est une franchise de ton,
une vigueur et un brillant qui n'ont d'égal dans aucune autre manière
[…]
aperçu
historique | le burin
| l'eau-forte | le bois |
la lithographie
LA
LITHOGRAPHIE
Ce
genre d'impression, inventé au commencement de ce siècle, a remplacé,
en plusieurs cas avec avantage, tant à cause, de la célérité que du
bon marché de son exécution, la taille-douce, la gravure sur bois et
la typographie elle-même. Elle est d'une grande utilité surtout pour
les impressions en couleur qui exigent la rapidité dans l'exécution
jointe à la modicité du prix. La
lithographie fut découverte, vers 1796, par 1e Bavarois Senefelder.
C'était un assez médiocre auteur dramatique, dont les éditeurs repoussaient
les productions, et qui, voulant se passer d'eux, rêvait de suppléer
à l'impression typographique par la gravure. Ses essais sur cuivre achevèrent
de le ruiner ; il essaya alors de se servir d'une pierre commune en
Bavière et qui ne se trouve que là, la pierre de Solenhofen,
une pierre lisse, susceptible d'un beau poli et facilement attaquable
par les acides. Il poursuivait ses recherches de ce côté, sans grand
succès, lorsque le hasard le servit. Il a raconté lui-même qu'ayant
à écrire une note de sa blanchisseuse, et ne trouvant pas 'de papier
sous la main, il l'écrivit sur une pierre qu'il était en train de polir,
avec une encre chimique de sa composition, qui était un mélange de cire,
de savon, de gomme laque et de noir de fumée. En passant ensuite de
l'eau-forte sur les caractères pour voir ce qui adviendrait, il s'aperçut
que la pierre baissait de niveau sur tous les points hors ceux que l'encre
avait touchés, et que l'on obtenait ainsi l'écriture en relief.
Ce fut
le commencement de l'invention ; il perfectionna peu à peu ses procédés,
et l'ensemble des manipulations lithographiques était complètement trouvé
par lui en 1799. Ses voyages à Munich, à Vienne, à Londres et à Paris
répandirent très rapidement la connaissance de l'art nouveau; toutefois,
il ne divulguait ses secrets qu'à peu de personnes, et il fallut les
deviner ou reconstituer une à une toute la série de ses expériences.
Pendant longtemps, il n'avait cherché à obtenir qu'une impression lithographique
des caractères; il montra même à Paris, lithographie de cette sorte,
l'ouvrage qui avait été la cause première de ses recherches. Mais il
ne tarda pas ù s'apercevoir que sa découverte était bien plus merveilleuse
encore, appliquée au dessin, et c'est à cette application que tendirent
tous les efforts des artistes français.
De l'Allemagne,
où elle arriva dès son commencement à un haut degré de prospérité, la
lithographie fut introduite avec succès à Rome et à Londres dans le
courant de l'année 1807. Vers la même époque, M. André Offenbach l'apporta
en France ; mais ses essais furent si peu satisfaisants que le gouvernement
français lui refusa toute espèce d'encouragement. C'est alors que M.
de Lasteyrie, prévoyant toute l'importance
que la lithographie pouvait avoir dans les arts du dessin, se rendit
en Allemagne, s'engagea comme simple ouvrier lithographe, et dépensa
des sommes considérables pour connaître les secrets de cet art.
En 1814, il vint fonder en France
un établissement lithographique qui produisit plusieurs compositions
remarquables et servit d'école et de modèle à tous ceux qui s'établirent
ensuite. En 1818, le gouvernement français prodigua à la lithographie
beaucoup d'encouragement. Elle prit alors un développement immense.
Artistes, amateurs, gens du monde accueillirent cet art nouveau comme
une merveille. Les Tuileries eurent leur presse lithographique. La duchesse
de Berry, avant 1830 , le duc d'Orléans sous le règne de Louis-Philippe,
aimaient beaucoup à dessiner sur pierre.
Parmi les
hommes qui ont le plus concouru, en France, au perfectionnement et à
la vulgarisation de la lithographie, il faut citer, après M. de Lasteyrie,
Engelnan, de Mulhouse ; […] Vilain
et Lemercier, dont l'établissement, fondé par lui rue de
Seine, est connu de tout le monde. Dès
l'apparition de cet art nouveau, les plus grands artistes français,
Girodet, Carle et Horace Vernet, Prud'hon,
Géricault, s'y adonnèrent avec un vif plaisir et lui donnèrent l'empreinte
de leurs talents si variés. […]
«
Bien qu'un, Allemand l'ait inventée, dit M. Ch. Blanc, la lithographie
est un, art français, français par les qualités qu'il exige et qui sont
nôtres. Tout ce qu'il faut, nous le possédons : l'observation prompte,
la facilité, l'esprit, l'habitude d'un langage preste et vif qui, de
peur d'ennuyer, s'abstient de tout dire, enfin une manière superficielle
d'exprimer des choses quelquefois profondes... » […]
[Aperçus techniques
de la lithographie]
Tout le succès de l'impression dépend de la manière de fixer le crayon sur
la pierre. La force de l'acide à employer varie selon la qualité de
la pierre, le numéro du crayon, le degré de la température et le genre
du dessin. Le travail à la plume sur pierre se fait exactement
comme sur le papier. Il exige de la part du dessinateur une attention
soutenue et une extrême propreté. Les retouches sont à peu prés impossibles.
L'encre trop grasse ne coule pas également ; trop maigre, elle tend
à s'étendre, et ne pourrait résister […] aux lavages répétés.
Elles [les pierres lithographiques]
doivent être exemptes de veines, de fibres et de taches, être assez
dures pour n'être que difficilement rayées par une pointe d'acier [...]
Pour rendre ces pierres propres à la lithographie, il faut polir, autant
que possible, la surface en la frottant avec de l'eau et du sable finement
tamisé. On écrit sur ces pierres avec un crayon connu
sous le nom de crayon lithographique, qui est composé de savon,
de cire et de suif, mêlés avec une quantité de noir de fumée suffisante
pour lui communiquer une teinte noire. […]
Lorsque le dessin est terminé,
on prépare la pierre pour l'impression […]
Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle. 1875
Extraits de l'article Gravure
et de l'article Lithographie
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la lithographie
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